Précarité à la BnF : les « vacataires » témoignent de leur expérience #1

On peut parler de précarité à la BnF sans nécessairement connaître le vécu des premiers/ères concerné-e-s et de ce qu’implique au quotidien le fait de gagner un salaire très bas, de ne pas avoir les mêmes droits que les autres agent-e-s, de travailler le soir et tous les weekend et de subir un statut qui ne permet que de maigres perspectives d’évolution professionnelle au sein d’un établissement où l’on travaille pourtant souvent depuis longtemps.

La section SUD Culture de la BnF se bat depuis des années pour protéger les droits des « vacataires » et aussi en gagner de nouveaux, pour dénoncer les contrats occasionnels abusifs, pour réclamer l’embauche directe en CDI et le passage à 110h des « vacataires » sur besoins permanents qui le souhaitent ou encore pour obtenir la simple égalité de traitement avec les titulaires pour des « vacataires » souvent méprisés dès lors qu’il s’agit de parler de leurs conditions de travail.

Nous constatons également que cette catégorie de personnel reste bien souvent invisible, du fait qu’on lui accorde rarement, voire jamais, la parole au sein de la BnF. La section SUD Culture de la BnF a donc décidé de recueillir et de diffuser les témoignages de plusieurs « vacataires », afin que l’information et la lutte contre la précarité à la BnF passe aussi et avant tout par leur propre parole. Pour que tout le monde comprenne bien ce qu’est la réalité de la précarité à la BnF, et ce qu’elle implique.

Nous avons rendu anonyme ces témoignages pour des questions de confidentialité, mais nous en garantissons bien sûr l’authenticité.

#1 J’ai 25 ans, je travaille à la BnF depuis 2011, j’ai eu 4 contrats dans 4 services différents toujours à un temps partiel forcé. Actuellement je gagne 654.81€ (remboursement transport déduit). Pas assez pour continuer de vivre sur Paris où mon loyer dépassait allègrement mon salaire. A cette époque, je réduisais les frais au maximum : pas plus de 20-25€ par semaine pour manger, pas d’expo payantes, pas de sorties, rien, mais ça ne suffisait pas. J’ai dû faire un choix, je suis retournée vivre chez mes parents, à 1h30 de transports, porte à porte, quand tout va bien.
J’aimerais retrouver une vie indépendante mais comment se projeter lorsque l’on est contraint de rester sur des contrats précaires, sans possibilité d’évolution professionnelle. J’aime mon travail, je voudrais m’y investir davantage, mais on ne nous le permet pas. Nous, les vacataires, sommes cloisonnés dans notre statut sans pouvoir, par exemple, participer au mouvement des contractuels sur emploi. Pourtant nous sommes tous des contractuels. Passer à 110h, ce serait gagner environ 900€ par mois. Un Cdi, ce serait supprimer le compte à rebours avant la fin du contrat et l’angoisse qui va avec : que vais-je devenir dans 3 mois, 6 mois, 1 an ? Rien de bien miraculeux, mais déjà nous pourrions commencer à vivre plus sereinement. Voire commencer à vivre tout court.

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