Précarité à la BnF : les « vacataires » témoignent de leur expérience #4

#4    La BnF  c’est un endroit de prestige.  Je voulais y travailler. Si on m’avait dit que j’y arriverais un jour,  je n’y aurais pas cru, et me voilà,  j’y suis vacataire depuis plus de dix ans.  Je ne suis plus étudiant, j’ai un certain âge,  et je n’ai pas assez d’argent pour vivre. J’ai cherché un travail ailleurs, mais je ne l’ai pas trouvé. J’ai essayé de passer les concours hélas,  sans succès.  J’ai eu  plusieurs cdd dans différents départements,  je suis passée de 80h à 110 h pour à nouveau retomber à 80h J’ai suivi des formations, mais je n’ai jamais pu garder le même poste au même endroit,  j’ai dû changer tout le temps.

Nous les vacataires, On n’a pas passé un concours, c’est vrai, mais on a quand même de l’expérience, on connaît la « maison », on l’aime. Ou on l’aimait au début…  Psychologiquement c’est dur  on perd l’espoir, l’intérêt, on se sent  des bouche-trous, on baisse les bras,  on perd la confiance en nous-mêmes car souvent on est affectés sur des postes qui nous ne correspondent pas, on est démoralisés car si on n’arrive pas à passer un concours,  on n’a pas forcement la possibilité de changer notre situation avec le mouvement interne… on reste figés, on n’est pas contractuels…  on ne demande jamais notre avis… On travaille les week-ends,  les soirs… on a parfois des responsabilités (être à l’heure pour assurer parfois  l’ouverture et fermeture du site)  qui sont très peu reconnues…on doit toujours se battre, car  par contre, on est mal renseignés sur nos droits, sur nos congés sur nos jours d’indisponibilité, sur notre droit à la formation.  On n’a pas forcement droit à un logement social… Le système GTA  ne reconnaît pas que l’on doit forcément arriver  à l’avance pour être à l’heure sur le poste  ou que parfois on est obligés de partir plus tard car on ne peut pas abandonner un lecteur en difficulté..  et encore… on est exclus de la prime de fin d’année alors qu’on est les moins riches.  J’aimerais un peu plus de reconnaissance de la part de ceux qu’on remplace, de ceux qui nous embauchent. J’ai signé pour ça, je ne suis pas une victime, mais j’aimerais qu’on soit traités avec plus de compréhension : les vacataires ce sont souvent des parents, des personnes d’un certain âge qui continuent à vivre dans la précarité.  J’aimerais aussi qu’on nous parle, qu’on nous tienne au courant de ce à quoi va ressembler notre avenir.

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