BnF : PAS DE « ZOOM » SUR NOTRE CONFINEMENT !

SUD CULTURE SOLIDAIRES / SECTION BnF

PAS DE « ZOOM » SUR NOTRE CONFINEMENT !

Le 2 mai 2020

Rouge Simple Route Service Public Publication FacebookChacun·e chez soi, bien à l’abri dans son salon, sa chambre, ou son studio, on pourrait croire que le confinement est la garantie d’une vie véritablement coupée d’intrusions extérieures non désirées. Et pourtant…  L’usage d’internet met déjà notre intimité et nos données personnelles bien à mal en temps normal, et s’y ajoute ces jours-ci l’utilisation de tout un tas d’applications permettant de « garder le contact », ou plus prosaïquement, de travailler collectivement là où les outils et espaces habituels font défaut.

QUAND GOOGLE ET FACEBOOK S’INVITENT CHEZ NOUS… À LA DÉROBÉE

Ainsi, à la BnF, certain·es collègues font peut être partie de groupe What’s app réunissant leur service, ou utilisent Google docs pour pallier l’absence de la base de production. Sans être recommandés par la direction, ces outils sont déjà de fait souvent présents au quotidien. Ce ne sont pourtant pas des outils destinés à un usage professionnel ; ils n’offrent aucune garantie en termes de sécurité et de respects des données personnelles pour leurs utilisateurs.

L’application What’s app a plusieurs fois été mise en cause pour diverses failles rendant accessibles les données de ses utilisateur·trices voire leurs conversations, et son rachat par Facebook a entériné l’exploitation économique des premières.

De la même façon, l’utilisation de Google docs nécessite d’avoir un compte Google, et la firme ne se cache pas d’exploiter les données de ses usager·ères à des fins publicitaires. Pour la section SUD Culture de la BnF, il est inacceptable que, pour travailler dans des conditions déjà dégradées, les agent·es se retrouvent à mettre à disposition des données personnelles et professionnelles au bénéfice d’une firme privée.

Seulement, lorsque l’on met en place au pied levé le travail à distance, ces entreprises, en embuscade pour s’accaparer les nouveaux marchés que leur offrent le confinement et donc l’hyperconnexion, sont là pour servir de bouts de ficelles et combler les manques. Encore une fois, la précipitation de la direction à dépasser son propre PCA (Plan de Continuité d’Activité) conduit à des pratiques potentiellement néfastes pour les agent·es.

La direction de la BnF pourrait nous répondre que ces applications ne sont pas conseillées ni même proposées aux agent·es et à leur hiérarchie. Certes, leur utilisation reste officieuse, mais  la direction de la BnF promeut en parallèle l’utilisation de Zoom pour tous les besoins – réels ou imaginaires – de réunion ou de présentation en ces temps de confinement.

ZOOM SUR UNE APPLICATION PAS TRÈS PROPRE

Zoom est une application récente, dont la fréquentation explose depuis le début du confinement. Plébiscitée par les particuliers dans sa formule gratuite, les entreprises lui commandent des dizaines de salles de réunion virtuelle. La BnF en a commandé plusieurs, assorties de comptes professionnels. Pourtant, beaucoup d’articles de presse spécialisée et grand public, facilement trouvables, s’inquiètent de la façon dont l’entreprise traite nos données personnelles, et pas que…

En effet, jusqu’au 29 mars 2020, les conditions d’utilisations de Zoom incluaient la possibilité pour l’entreprise de non seulement récolter vos données personnelles, mais aussi les images et les sons produits durant les visioconférences. Après cette date et suite à un tollé médiatique, Zoom change ses conditions d’utilisation et se limite au partage des données personnelles comme le font par exemple Google ou Facebook.

Par ailleurs, cette application offre un choix d’outils très intrusifs à l’ »hôte » des visioconférences, comme la possibilité d’enregistrer la réunion, ou de vérifier l’attention de ceux et celles qui y assistent, en lui signalant par exemple que vous êtes sorti·es depuis plus de trente secondes de la fenêtre de Zoom. Nous recommandons à tou·tes les agent·es qui se rendraient compte durant une réunion que celle-ci est filmée de prendre une capture d’écran et de se déconnecter, puis de nous contacter par mail ensuite. Signalons aussi que des failles dans l’application ont permis des intrusions externes malveillantes, allant jusqu’à la diffusion de contenus racistes ou pornographiques dans certaines visioconférences.

UNE TENTATIVE DE PROTECTION PEU CONVAINCANTE

Suite à l’une de nos remarques sur le sujet, la direction de la BnF a mis en ligne un guide intitulé « Du bon usage de l’application de visioconférence Zoom« . Son arrivée tardive a déjà permis la collecte d’un grand nombre de nos données personnelles par Zoom, et il entre en contradiction avec certaines consignes données au préalable. Ainsi y apprend-on qu’il faut « Ne pas donner plus d’informations que le strict nécessaire (par exemple, l’image de soi associée à son nom quand la voix seule suffit) » Alors qu’il a été auparavant conseillé de « nommer » son appareil pour faciliter les conversations. Par ailleurs, sans une explication et une formation détaillées, certaines consignes risquent fort d’être difficiles à appliquer, comme par exemple « Désactiver le partage de fichiers« .Post Facebook ordinateur blanc, gris et orange

Ces consignes sont loin d’être suffisantes, et font l’impasse sur la possibilité par exemple de privilégier l’appel téléphonique, qui permet pourtant de ne pas ouvrir de passage entre l’application et nos propres ordinateurs, tablettes et téléphones, ou tout simplement de ne pas utiliser Zoom. Toutefois, cela reviendrait à reconnaître que la dépense a été engagée à la va-vite, sur le coup de l’urgence, sans prendre en considération une série de questions relatives au respect des données des agent·es.

POUR MIEUX NOUS PROTÉGER, LIBÉRONS-NOUS DES LOGICIELS PROPRIÉTAIRES !

Cette décision souligne les manques techniques de la BnF et de la Fonction Publique plus en général, sur la mise à disposition d’outils adaptés. L’utilisation de logiciels libres, dont le code source est ouvert, pourrait être une garantie de protection de l’intimité des agent·es. Il existe ainsi des alternatives libres à Google Docs et à Zoom, qui pourraient être hébergées directement par la BnF, et même adaptées pour nos usages particuliers, puisque le code source des logiciels libres est modifiable par nature. On ne pourra pas nous objecter que cela demande du temps ou de l’argent, puisque certaines institutions les utilisent déjà, et les ont pris en main à l’occasion du confinement, et que la BnF paye actuellement pour l’utilisation d’un logiciel qui permet de fait à une entreprise privée de collecter nos données personnelles…

Alors que l’application a déjà fait l’objet d’interdictions (notamment par certaines administrations américaines, le gouvernement taïwanais mais aussi dans les locaux de Google) et que la direction Interministérielle du Numérique française, ou encore le ministère de l’Action et des Comptes publics en déconseillent formellement l’usage, il est encore temps pour la BnF de rectifier le tir et de s’équiper en matériel plus éthique !

DÉZOOMONS NOS ORDINATEURS !

 

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