Richelieu 2022 : un projet vide de sens et sans considération pour le personnel !

Communiqué SUD Culture BnF

Le CHSCT du 1er juillet avait en particulier pour objet de soumettre au vote des organisations syndicales le projet « concocté » par la direction de la BnF autour de la réouverture complète du site de Richelieu en 2022. Tant sur le fonds que sur la forme, ce projet vide de sens contient plusieurs propositions inacceptables, que notre organisation syndicale a dénoncées à l’occasion de ce CHSCT.

Travail le dimanche et les jours fériés, selon la direction : «il n’y a pas d’alternative»
Dans une tonalité autoritariste, la direction a déclaré que l’ouverture de la salle Ovale, du musée et des expositions le dimanche et les jours fériés, ne souffrirait d’aucun débat, qu’elle s’inscrirait dans la «modernité» et qu’il n’y aurait donc pas d’alternative. Sans plus d’argumentaire autre qu’il s’agirait de subir une « fatalité » sans la questionner, le vent – néo-libéral – de l’Histoire, va donc s’abattre sur les agent-es de Richelieu qui sont sommé-es de s’y soumettre sans mot dire.

Ouverture de la salle Ovale du mardi au dimanche.
Une telle amplitude horaire nécessiterait des renforts de personnel mais, vu que la direction n’en prévoit pas, ce sont les agent-es de catégorie A et B des ASP, EST, MSS et SVM (anciennement Département de l’Audiovisuel), en plus de ceux de l’ORB, qui seront mis-es à contribution pour l’ouverture dominicale et des jours fériés. Pour la semaine, les mêmes départements spécialisés et le SVM seront appelés en renfort pour assurer des plages de la présidence de la salle Ovale. Le Musée et les expositions ouvriront selon ces mêmes modalités.

Sous-effectifs : le tour de passe-passe
Alors que la BnF est en sous-effectif chronique depuis des années, Richelieu relooké devrait donc nécessiter des effectifs supplémentaires. Mais… il n’y en aura pas! Si la direction a parlé de créations d’emploi, il n’y aura de création de postes – nuance – qu’à la marge. En conséquence, les départements de Tolbiac sont priés de payer leur tribut pour que Richelieu puisse ouvrir selon les desiderata de la direction : des postes seront ainsi « redéployés », c’est-à-dire en réalité supprimés à Tolbiac pour être transférés à Richelieu et de plus en nombre insuffisant.

Nouvelle amplitude horaire pour les salles de lecture des départements spécialisés.
Le maître mot de la direction est «l’uniformisation» des pratiques. Mais cette uniformisation n’a pas grand sens pour les départements spécialisés. Chacun a en effet un mode d’organisation du service public adapté notamment à la spécificité de ses collections, à la distance de ses magasins, à la configuration de ses salles… Surtout, la direction souhaite modifier les horaires d’ouverture : au lieu d’un 10h-18h du lundi au samedi, la direction prévoit désormais une ouverture du mardi au samedi de 10h – 19h et le lundi de 14h à 19h. En comparaison avec l’amplitude horaire actuelle, cela n’apportera qu’une heure d’ouverture en plus par semaine pour les lecteurs/trices. Par contre, les équipes elles n’ont pas les forces pour assurer une telle amplitude quotidienne ! Par conséquent cette heure du soir va impliquer un bouleversement des plannings au détriment des agent-e-s.

Une nouvelle organisation qui crée de la désorganisation…
…ou comment dégrader une organisation qui fonctionne !

Car ces nouvelles modalités de service public vont requérir un nombre important d’agent-es, notamment de magasinier-ères. La direction de la DCO lors du CHSCT du 1er juillet, a d’ailleurs annoncé que le service public pourrait représenter jusqu’à 50% du temps de travail des magasiniers-ères contre 30% actuellement. Or, outre les tâches de service public, les magasiniers-ères de Richelieu assurent de nombreuses et importantes tâches de conservation liées aux différents départements spécialisés. Par manque de temps, les dons qui arriveront ne seront plus traités et viendront augmenter la liste des fonds qui ne seront donc pas consultables par les lecteurs-trices. A cela se rajoute les risques de dégradation, de pertes ou de vols de fonds non-signalés et non-traités.
De plus il faut compter aussi la charge de travail que représente le Musée de Richelieu, dont une grande partie repose sur les agent-e-s de la DCO, le service dédié étant insuffisant pour l’ampleur de la tâche. Tout cela va épuiser les agent-e-s et les détourner de leurs missions, tandis que le travail de conservation, de mémoire universelle et de recherche sera compromis avec le risque que Richelieu ne devienne qu’un lieu esthétique sans substance. Les différents types d’activités prévues en salle Ovale, par ailleurs peu compatibles dans un même espace, viennent ajouter à cette impression. En fait, le but assumé de la direction est d’avoir une belle vitrine pour les guides touristiques, ce qui est loin d’un projet scientifique et culturel pour un service public de la lecture et de la connaissance.

Un projet qui annonce une dégradation des conditions de travail des agent-e-s en général, en rendant notamment le travail des magasiniers-ières plus monotone. Encore une fois, c’est bien le signe que la direction s’assoit sur les conclusions de la Délégation d’Enquête de mars 2021 (et des précédentes) qui avait pourtant préconisé une diversification des tâches et une montée en compétence, notamment en conservation, des magasiniers-ières. D’ailleurs, l’audit privé sur les magasiniers-ières qui démarre cet été à Tolbiac aurait soi-disant pour but de s’intéresser à leur condition de travail. Il n’y a sûrement bien sûr aucun lien entre la recherche de postes de magasiniers-ières à supprimer à Tolbiac pour les redéployer à Richelieu et ce travail d’audit mené par une société extérieure… Mais ce regain soudain d’intérêt semble bien contradictoire avec l’attitude de la direction lors de ce CHSCT.

La prévention, grande absente de ce CHSCT spécial Richelieu
Alors même que le rapport de la Délégation d’Enquête de mars 2021 a rappelé l’importance de l’évaluation des risques avant toute modification de l’organisation du travail, le projet de réouverture de Richelieu présenté le 1er juillet en était totalement dépourvu.
Nous avons interpellé fermement la direction sur l’indigence des mesures de prévention révélant que peu de choses ont été réfléchies matériellement et anticipées. Pour exemple, aucun travail sur la prévention des Risques Organisationnels, dit Risques Psycho-Sociaux ou des Troubles Musculo-Squelettiques qui sont pourtant les risques majeurs du projet ! En effet, si la direction annonce vouloir au département des manuscrits augmenter le nombre de communications de documents de 5 à 10 par jour et par personne sans prendre en compte le poids des volumes, pour l’ensemble des départements une communication au fil de l’eau est prévue, ce qui a de fait des conséquences physiques sur les équipes, conséquences qui n’ont pas été évalué. Face à ces carences bien perceptibles, le président du CHSCT a dû demander au service de prévention de présenter un plan plus sérieux lors d’une prochaine instance.

La direction des Collections était aussi très à la peine pour expliciter des points relativement obscurs de l’organisation des salles de lecture partagées, elle devra représenter sa copie lors d’un CHSCT à l’automne !

>>>Mais c’est bien le projet de la direction dans son ensemble qui est inacceptable. Il n’est pas possible d’accepter le travail du dimanche et des jours fériés ! Il n’est pas possible d’accepter de nouveaux horaires d’ouverture au public qui vont dégrader fortement la situation des agent-e-s et qui sont inapplicables ! Il n’est pas possible de se contenter de faire de la salle Ovale un café pour touristes, sans contenu culturel !

>>>Il y a une alternative : le respect de l’organisation des départements spécialisés, de bonnes conditions de travail, des tâches variées et adaptées, de vraies créations de postes de titulaires (sans redéploiement depuis Tolbiac), le renforcement des missions de signalement, de conservation et de valorisation des fonds, un projet culturel large ! C’est au personnel de se mobiliser pour l’imposer !

Non à une réouverture de Richelieu sur le dos du personnel !

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